Claude Fischer Herzog: " Il fallait exister à ses cotés, et pour cela, j'ai cultivé ma différence "

Institutrice de formation, diplômée de l’École doctorale de Sciences politiques de la Sorbonne, Claude Fischer s’engage au PCF en Lorraine de 1970 à 1990 avec l’ambition de « changer le monde ». ​Elle se confit à Ahou Attitude Magazine sur son enfance et son parcours et sa vie.




Elle y rencontre Philippe herzog qu’elle épousera en 1994. Elle l’accompagne lors de la création de Confrontations Europe en 1991, pour « changer de méthode » ! Elle en devient secrétaire générale puis présidente de 2008 à 2014. Parallèlement, elle crée ASCPE en 2002, une société d’études et de formation qui organise les Entretiens Européens & Eurafricains. Directrice des Entretiens Européens & Eurafricains Présidente d’honneur de Confrontations Europe Vice-présidente de PNC-France, Claude Fischer Herzog.​

Entretien réalisé par Annick Nguessan





1/ Pourriez-vous vous présenter et nous décrire votre enfance ?

Je suis née le 3 octobre 1949 à Commercy dans la Meuse, 3ème d’une fratrie de quatre enfants, sous le signe de la Balance et de Vénus. Je ne sais pas si cet horoscope a joué, mais j’ai toujours été à la recherche d’équilibre et de séduction ! Et « rebelle » déjà toute petite… à la quête de mon autonomie ! J’ai aimé mes parents qui me le rendaient bien, mais je souffrais de leur relation. Lui, instituteur « républicain socialiste et anticlérical, aux convictions solidement ancrées », et grand séducteur… ce dont a souffert, ma mère, elle aussi institutrice, au tempérament d’artiste, qui peignait et jouait du piano, mais soumise dans sa vie de femme. Elle est morte quand j’avais 31 ans. C’était une femme psychologiquement fragile mais d’une grande élégance. J’ai aimé sa gentillesse, mais ne comprenais pas pourquoi elle ne s’évadait pas de la domination de son mari. Problèmes économiques sans doute qui ne lui permettaient pas d’être indépendante. Ceci dit j’ai eu une enfance heureuse et je me suis toujours promis de prendre le meilleur des deux.




"REBELLE" DEJA TOUTE PETITE… A LA QUETE DE MON AUTONOMIE! J'AI AIME MES PARENTS QUI ME LE RENDAIENT BIEN, MAIS JE SOUFFRAIS DE LEUR RELATION."




2/ Quelles sont les personnes qui ont marqué cette période de votre vie ?

Petite fille, j’ai été impressionnée par ma grand-mère Alice, paralysée, qui nous offrait une leçon de vie : mère de 7 enfants – qu’elle a appelés par des prénoms qui commençaient tous par Ro (mon père s’appelait Roland), sauf le 7ème qu’elle a appelé… « Désiré ! » - Elle a survécu aux drames qui ont jalonné sa vie puisqu’elle a perdu 3 enfants dont l’aîné à la guerre, et son mari de gangrène. Elle a gardé 4 enfants – dont mon père et Désiré (toujours en vie !), une fille – qui l’a soignée (c’était le rôle des filles) - et un autre fils Rodolphe qui a connu les camps de concentration, arrêté par la police française pour avoir chanté la Marseillaise un 14 juillet ! Cette grand-mère, paralysée dans son fauteuil, plaisantait et remontait le moral de tous… sa faiblesse était devenue sa force !

​Elle a été un modèle et j’ai hérité je crois de cette volonté de toujours prendre la vie positivement malgré sa dureté… et de ce besoin d’agir, de participer, de trouver des solutions, vital chez moi… ce qui exaspère quelque fois. Elle m’a donné aussi la foi en l’homme… ou la femme !



3/ À partir de quel âge avez-vous eu conscience de votre féminité ?

Très tôt. Claude est un prénom de garçon dont j’étais fière, et j’adorais être une fille. J’ai souffert quand à 3 ans quand on m’a coupé mes boucles. Je suis devenue un peu « garçon manqué », mais avec le désir de plaire. Une ambivalence que j’entretenais… J’ai évolué dans un milieu de garçons, dans la rue, au sport puis plus tard en politique. Je n’étais pas la plus belle, mais je plaisais et leurs regards m’ont rendue sûre de moi.




"FEMME REBELLE, C'EST-A-DIRE DEUX FOIS BELLE: DANS CE QU'ELLE PERMET ET DANS CE QU'ELLE REFUSE… REFUSER DE SE POSITIONNER EN VICTIME, CA REND BELLE!"






4/ Quels aspects de la féminité appréciez-vous ?

Difficile de définir la féminité. Chaque femme a sa propre féminité, et je dirai même qu’elle existe chez les hommes, ce qui les rend extrêmement séduisants. Vouloir la nier serait nier notre identité de femme, notre différence qui fait la richesse de l’humanité, et qui reste au cœur de la relation amoureuse ou sexuelle entre un homme et une femme. Mais aussi au cœur de la relation mère-enfant. J’ai aimé être enceinte. J’ai trois garçons et nous avons toujours entretenu une relation de l’ordre de l’amour – peut-être d’ailleurs plus inconditionnel - quelles qu’aient pu être notre vie et les contradictions.



Car pour pouvoir m’épanouir, la femme a souvent pris la place de la mère. C’est un équilibre difficile à respecter dans nos sociétés où les hommes dominent… et en cherchant à leur égale, nous pouvons faire des fautes. Ceci-dit, pourquoi vouloir mettre au second plan notre corps de femme au nom de l’égalité ? L’égalité relève plus d’un combat pour que les femmes, dans leur diversité, puissent s’épanouir dans des responsabilités économiques, sociales, culturelles et politiques… Prendre conscience de sa féminité, et de toutes ses facettes, et s’en servir pour y arriver, est une grande force. Souvent nous les femmes nous devons faire la démonstration que nous sommes capables de diriger, mais une fois gagnée notre place dans les milieux d’hommes, c’est presque plus facile… Ceci-dit, n’idéalisons pas les femmes, une fois au pouvoir, elles se comportent souvent comme les hommes.

5/ Quel est votre tenue fétiche ? En quoi participe-t-elle à l’affirmation de votre féminité ?

Décontractée un jour, plus chic le lendemain, mais toujours avec le souci de rester élégante. En tenue de sport ou de soirée, la même obsession de plaire… et déjà à moi-même ! Mes tenues sont très variées, souvent liées à mes voyages ou aux évènements, et j’aime m’habiller en européenne ou en africaine, une façon aussi d’honorer chaque région.






6/ A choisir, vous diriez que l’on vous aime parce que vous êtes belle ou rebelle ?

« Femme rebelle, c'est-à-dire deux fois belle : dans ce qu'elle permet et dans ce qu'elle refuse ». Au-delà de cette jolie citation, flatteuse, être rebelle, c’est refuser de se positionner en victime. Ca rend belle ! Il y a en sous-jacent le refus de l’autorité et de l’ordre établi, mais aussi il y a l’action. Tout simplement. Or j’ai toujours voulu changer le monde. Mon ami Jack Ralite aimait citer Péguy « Je n'aime pas les gens qui réclament la victoire et qui ne font rien pour l'obtenir, je les trouve impolis ». Et j’ajoute, « très moches »… C’est à l’âge de vingt ans que j’adhère au Parti Communiste Français, pour Angela Davis, le Vietnam, le Chili, Nelson Mandela… j’y resterai 20 ans de 1970 à 1991 : j’y ai découvert l’entreprise, les ouvriers, la Russie, et j’y ai rencontré Philippe Herzog, très séduisant, physiquement et intellectuellement. Lui a été attiré par mon allure sportive, ma « liberté de dire et de penser et d’agir », car, contrairement aux idées reçues, il n’y avait rien de monolithique au sein de ce parti et encore moins en Lorraine qui était riche de sa diversité, italienne, polonaise, yougoslave, maghrébine… et où j’ai appris l’altérité.






"IL EST EVIDENT QUE CHAQUE GRAND HOMME OU CHAQUE FEMME BENEFICIE DE L'APPORT DE L'AUTRE. CHACUN Y TROUVE SES COMPENSATIONS."





7/ Quelle est la place de l’amour dans votre vie ? ​ C’est tout le sens de mon engagement. L’amour de l’autre. Celui des enfants, des hommes et des femmes, des peuples. Changer le monde pour le réconcilier. C’est un défi permanent, « une tâche infinie » quand les peuples veulent se replier dans leurs nations et sous la protection vaine des Etats (trop contents de retrouver leur rôle, parfois dérisoire… ), et que le monde lui-même est traversé par les guerres, le djihadisme et les crises économiques, sanitaires ou climatiques…. Parmi les citations que j’aime, celle de Montesquieu a ma préférence : « Si je savais une chose utile à ma nation qui fût rui­neuse à une autre, je ne la pro­po­se­rais pas à mon prince, parce que je suis homme avant d’être Français, parce que je suis néces­sai­re­ment homme, et que je ne suis Français que par hasard »: un magnifique appel à l’universalisme de l’homme contre tout nationalisme ! Un message d’amour…


8/ On dit que derrière chaque grand homme, se cache une femme. Peut-on dire que derrière chaque femme remarquable se trouve un grand homme ? ​ Chacun se construit dans son rapport à l’autre, et il est évident que chaque grand homme ou chaque grande femme bénéficie de l’apport de l’autre. Chacun y trouve ses compensations. Il n’en reste pas moins vrai que les femmes ont souvent accompagné les hommes dans leur volonté de grandeur au détriment de leur propre épanouissement. Pour celles qui ont voulu exister, il leur a fallu beaucoup d’efforts et d’innovations pour trouver leur place.




"AVEC L'AFRIQUE… JE CONFORTE CE BESOIN D'AGIR, DE POSITIVER, DE RETOURNER LES FAIBLESSES EN FORCES POUR… RAPPROCHER LES HOMMES ET LES FEMMES… LA CONSTRUCTION D'UN MONDE FRATERNEL!"



9/ Être la femme de l’homme politique Philippe Herzog a-t-il a eu un impact déterminant sur votre vie ?

Oui, bien-sûr ! Philippe est un compagnon de vie depuis maintenant 30 ans. Il est fils de Croate. C’est un grand penseur marxiste, un grand intellectuel. Il fallait exister à ses côtés, et pour cela, j’ai cultivé ma différence. Ce qui ne s’est pas fait sans crises, car nous sommes très différents. On s’est connus quand il était « l’économiste » du Parti et moi militante en Lorraine. On s’est investis pour la sidérurgie et pour l’Europe, et Philippe a été élu député européen en 1989 (il y restera jusqu’en 2004) et j’ai dirigé la Fédération de Meurthe et Moselle.





Je suis autant femme de l’homme politique que lui époux de la femme politique. Après l’expérience communiste, on s’est lancé en 1991 dans la création d’une association « Confrontations Europe » où on se rassemble parce qu’on est différent, et dont le fil rouge était la participation et le dialogue avec les institutions.

J’ai connu de grands moments, et parmi eux, les retrouvailles avec les pays de l’Est ont été les plus émouvants et notamment la découverte des Balkans ! Mais j’ai aussi découvert Bruxelles, et les institutions communautaires (ouvertes, cosmopolites !) qui ne sont pas ces bureaucraties froides, mais des hommes et des femmes de tous les pays européens qui y croient et y consacrent leur vie ! Contrairement à nos Etats – en tous cas la France - qui en ont fait leur bouc émissaire !





Nous avons passé le relais en 2014. Depuis je l’accompagne dans un séminaire « Europe 21 » que je qualifierai de philosophie politique, et j’anime ASCPE Les Entretiens Européens & Eurafricains. Avec l’Afrique, que j’ai découverte avec l’arrivée de petits-enfants burkinabè, je conforte ce besoin d’agir, de positiver, de retourner les faiblesses en forces pour continuer et créer de nouveaux réseaux, rapprocher les hommes et les femmes, débattre et contribuer à la construction d’un monde plus fraternel !




Nous avons passé le relais en 2014. Depuis je l’accompagne dans un séminaire « Europe 21 » que je qualifierai de philosophie politique, et j’anime ASCPE Les Entretiens Européens & Eurafricains. Avec l’Afrique, que j’ai découverte avec l’arrivée de petits-enfants burkinabè, je conforte ce besoin d’agir, de positiver, de retourner les faiblesses en forces pour continuer et créer de nouveaux réseaux, rapprocher les hommes et les femmes, débattre et contribuer à la construction d’un monde plus fraternel !







10/ Quelle est la place et le rôle de la famille dans la vie d’une militante ? 11/ Que disent votre mari, vos enfants et vos petits-enfants de vous ? ​ La famille reste très présente. Mais plus jeune, ma famille a été un tremplin pour mon action. Je n’oserais pas parler de « marche-pied ! ». J’ai participé à une émission sur ARTE où je me vantais « d’avoir les maris qu’on mérite » face à des femmes qui se plaignaient d’être obligées pour pouvoir militer de remplir le frigidaire ! Mais j’avoue que j’ai pu utiliser les hommes pour mieux développer ma propre ambition. Mon premier mari en a souffert et aussi mes enfants. Je n’étais pas souvent là, et je croyais qu’aimer suffisait à être une bonne mère ! Ensuite, amour inconditionnel et culpabilité ont fait un ménage douloureux dont il est difficile de sortir. Avec Philippe, nous avons essayé d’articuler vie privée et vie publique, et j’ai eu la chance de pouvoir associer mes fils à mes activités. Nous sommes ce qu’on appelle une famille « recomposée » avec 6 enfants, 15 petits enfants, dont des petits franco-africains et une arrière-petite-fille franco-colombienne ! Chacun a sa vie, ses difficultés, et il n’est pas si simple de construire une grande famille… Ceci dit, je pense qu’ils sont fiers, même si cela ne retire rien à leur souffrance quand je menais ma vie, très active, entre les réunions, les élections, « les voyages d’affaires », les sorties…



12/ Qu’est-ce qui a été déterminant (challenges les plus importants, moments, …) dans votre orientation et dans votre parcours ? De quoi êtes-vous la plus fière ou satisfaite ? ​ Mon engagement auprès des communistes a été déterminant d’abord en Meuse puis en Meurthe et Moselle où j’ai combattu auprès des sidérurgistes lorrains pour une restructuration du secteur, et rencontré Philippe. J’ai également dirigé « l’Appel des Cent » pour la paix et le désarmement nucléaire. A Nancy, j’ai rencontré Anne Delbée, une belle femme qui a mis Camille Claudel en scène, et me suis engagée pour l’Europe auprès de Philippe qui tirait la liste aux élections européennes « Construire l’Europe. Autre chose et autrement ». J’étais 38ème sur la liste et très fière quand la presse régionale a titré « Claude Fischer, la Jeanne d’Arc de l’Europe autrement ». Mais l’Europe était un combat au sein même du Parti. Je l’aiquitté en 1994 pour rejoindre Philippe à Paris, reprendre mes études à la Sorbonne, seule grand-mère sur les bancs de l’école (d’où je suis sortie major de promotion), et créer Confrontations qui allait devenir un réseau de 30 000 membres. Toutes ces actions m’ont valu d’être décorée chevalier de l’Ordre national du mérite en 2006, puis Chevalier de la Légion d’Honneur en 2010.




Une de mes fiertés, c’est notre combat pour le Kosovo et pour le général Jovan Divjac, bosno-serbe, qui avait pris la défense de Sarajevo pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine, et qui a été accusé de « criminel de guerre » en 2011. Puis, un peu plus tard, le combat pour la Syrie et pour que Bachar Al Assad soit traduit devant le Tribunal de la Haye.

Et maintenant, l’Afrique. Quelle découverte ! Je m’investis depuis 10 ans pour le renouvellement des relations entre l’Europe et l’Afrique, avec l’organisation de conférences et de colloques ici et là-bas, et j’ai créé un festival « Une semaine Eurafricaine au cinéma » pour mieux nous comprendre.




J’y ai rencontré des artistes formidables, et dupliqué le festival à Bamako. La marraine de la 1ère édition, Chloé Aïcha Boro, la jeune talentueuse réalise burkinabè, étalon d’or au Fespaco pour son documentaire « Le loup d’or de Balolé », m’a baptisée Nagnouma !








14/ Vous aviez envie de changer quoi en devenant entrepreneur ? Avez-vous rencontré des blocages ?

15/ Qu’est ce qui se cache dans le cœur de la femme d’affaires, la militante que vous êtes ?

ASCPE fonctionne comme une association, mais sans la lourdeur de l’adhésion. Je dirige une toute petite équipe mais travaille en réseau avec l’ambition de mobiliser la société civile et d’infléchir les politiques publiques au service de l’intérêt général ! Les partenaires sponsorisent et soutiennent les actions sur les thèmes de société concernant l’Europe ou/et l’Afrique. Je n’ai rencontré aucun blocage, car j’ai bénéficié de mon expérience et de celle d’acteurs avec qui j’avais travaillé et qui gardent l’envie de s’impliquer dans le débat et l’action publique. Ce qui se cache dans mon cœur ? L’ambition de rester « la mistique, la séductrice et la politique » telle que Philippe a pu me définir, ce qui me donne beaucoup de force et d’énergie.



16/ Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les femmes, qui sont de plus en plus émancipées ?

L’émancipation des femmes n’est pas linéaire. Il suffit de considérer la condition de la femme en Arabie saoudite, ou en Afghanistan… Et si comme le dit Thomas Sankara, « il n’y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée », alors la révolution reste à faire dans de nombreux pays du monde. Que ce soit dans l’éducation, l’emploi ou l’entreprenariat, les inégalités d’accès sont réelles et ce, malgré l’adoption de l’Agenda du Programme de développement durable à l’horizon de 2030. Ceci-dit, ne nions pas les énormes progrès liés aux combats des femmes elles-mêmes avec l’apparition du féminisme dans nos démocraties… Et si les mouvements ont parfois tendance à se radicaliser avec des excès qui visent à abolir les genres, l’émancipation des femmes leur a permis de prendre leur place dans la vie sociale et politique.





17/ Certains stéréotypes ont la vie dure. Faut-il plus de femmes dans des métiers dits masculins ? Quels seraient les avantages de plus de mixité des métiers ?

Certes, rien n’est acquis et l’égalité demeure inachevée. On ne change pas la société – et encore moins les comportements – par décret. Certains préjugés et représentations passéistes persistent. Ainsi en France, que l’on considère le droit au travail, la présence politique, ou la violence vis-à-vis des femmes, les réalités sont là : écarts de rémunération, moins d’accès aux postes de responsabilité en dépit de leurs diplômes, domination sexuée massive dans la famille et au travail. La place des femmes doit s’étendre tant il semble évident que la mixité hommes-femmes est une richesse.





THOMAS SANKARA, "IL N'Y A DE REVOLUTION SOCIALE VERITABLE QUE LORSQUE LA FEMME EST LIBEREE"







18/ Quelles sont vos forces et vos faiblesses ?

Mes forces : une énergie à revendre, une foi inébranlable dans l’humanité, un esprit positif, faire plusieurs choses en même temps, l’optimisme de l’action… Mes faiblesses : ne pas les montrer justement ! Je suis toujours dans la fuite en avant, dans la solution et l’action. « Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions », ce proverbe africain me va comme un gant. Sauf qu’ils existent ! Et parfois, j’aimerais pouvoir les partager, mais est-ce de l’orgueil, je ne sais pas le faire. Et quand il m’arrive de le faire, je reçois en retour ceux des autres qui me bouleversent… ou des conseils que je ne supporte pas. Je préfère alors tout garder et donner le change. Ca vient de loin, sans doute l’exemple de ma grand-mère !



19/ En quoi selon vous, prendre soin de soi au quotidien est primordial ? Quelle attitude adoptez-vous au quotidien pour booster votre confiance ?

Rester dynamique et belle représente un effort, non ?

Que j’assume avec plaisir. Esthétique, marche, vêtements, tout est plaisant… enfin relativement ! « Souffrir pour être belle » disait ma mère… qui s’habillait pour les repas. Elle considérait que c’était une question de respect, de soi et pour les autres. Elle avait raison. Et il est vrai qu’avec le travail à la maison, il serait tellement facile de se laisser aller. J’ai bientôt 72 ans et s’il n’est pas question de se refaire le visage, il est important de continuer à plaire, à mon mari et mes enfants, à mes amis et au-delà. Ma vie est faite de relations et je garde ma confiance dans le regard des autres. Certes, tout n’est pas physique ! Et les efforts intellectuels pour être à la hauteur sont aussi importants. Les questions que nous soumettons dans le débat public exigent beaucoup de travail, mais les remerciements que nous recevons pour la qualité des initiatives que nous organisons apportent beaucoup de satisfaction, et de confiance.




20/ Quel a été votre plus grand échec ? Comment avez-vous réussi à vous relever ? ​ Sans doute, le sentiment d’avoir échoué dans mon ambition de changer le monde… C’est le monde qui m’a changée. Prendre conscience de cet échec, ce n’est pas renoncer, mais ça aide à être plus humble. J’ai partagé l’aveuglement du PCF à l’égard de l’Union soviétique, et je me suis beaucoup interrogée sur mon soutien à un régime totalitaire. Au sein du parti, l’URSS relevait d’un mythe que nous ne critiquions pas ; je militais pour le changement en France et dans le monde mais j’ai soutenu, comme tant d’autres « le bilan globalement positif », et l’invasion de l’Afghanistan. Ce soutien à l’URSS paraissait tellement inconditionnel à mes fils, qu’en 1989, lors de la chute du Mur de Berlin, ils voulurent me protéger en éteignant le poste de télévision, ce qui anticipait – alors que j’étais en possession de tous mes moyens - l’excellent film « Bye Bye Lénine » ! Comment je me suis relevée ? Avec la conviction chevillée au corps que je devais poursuivre le combat, et en gardant l’ambition intacte d’œuvrer par d’autres voies pour un monde fraternel et solidaire : de ce point de vue Confrontations Europe a été une innovation formidable.



21/ Quelle est votre philosophie de vie ? ​ Je suis d’abord une femme d’action. Je cherche donc à comprendre pour pouvoir agir, puis « je fonce ». Et je reste optimiste ! ​ 22/ Si vous deviez choisir entre l'allongement de la durée de la vie et l'amélioration de votre qualité de vie, quelle serait votre priorité aujourd’hui ? ​ Sans doute l’amélioration de la qualité de la vie. Pas seulement matérielle… mais spirituelle. On en en revient à l’amour. On ne vit que par les autres. Aujourd’hui, nous avons besoin de croiser nos regards, de nous ouvrir à la culture des autres, à leur histoire, de les aimer pour pouvoir construire ensemble un monde nouveau. C’est un beau défi qui donne beaucoup de sens à la vie. Et réponds à la question suivante ! Car c’est encore mon projet pour l’avenir.



19/Quels sont vos projets pour l’avenir ? ​ Poursuivre l’aventure, organiser des rencontres pour expliquer et transmettre les expériences qui aident à repenser les modes d’action politique, mieux faire connaître les peuples du monde, leurs cultures et leur histoire, leurs relations à l’Europe, et qu’ensemble nous puissions travailler à une humanité réconciliée. Passer du temps avec mes enfants, petits et grands, avec nos amis, et peut-être en prendre un peu plus avec Philippe pour le chant, le dessin, la marche, la lecture et le cinéma… 20/ Le mot de la fin. ​ Pas une retraite, non, je n’aime pas l’idée, mais bien occuper le temps qui me reste !






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