Ghada Labib:"Nous devrions aider les femmes pour qu’elles ne soient plus maltraitées ou désespérées"

Vice-Ministre du développement institutionnel au ministère des Communications et technologies de l'information au Caire en Égypte, Ghada Labib est née en Egypte. Son père était professeur de philosophie, réputé dans la région et à l’international au fil des ans. Il travaillait à la Faculté des Lettres à l’Université du Caire. Comme il était membre à plusieurs Académies. Elle a grandi entourée de livres, lisant les chez-d ’œuvres de la poésie, appréciant les créations artistiques et un goût spécial pour la lecture dans différents domaines. Elle se confit à Ahou Attitude Magazine sur son enfance, son parcours de vie et sa vision de la place de la femme dans nos sociétés.



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Entretien réalisé par Pamela Annick Nguessan





1/ Parlez-nous de votre enfance en Egypte ? Quels moments importants ont

marqué cette période de votre vie ?


En grandissant, j’ai été fascinée par des écrivains et des philosophes bien connus qui faisaient partie du cercle de mon père. J’observais leurs discussions profondes avec enthousiasme, malgré le fait que beaucoup de leurs conversations m’ont échappé à ce moment-là, la vitalité de la discussion et leur interaction ont déclenché ma profonde admiration et ma curiosité en même temps. Mon père était un homme d’une sagesse incroyable, il avait une bonne compréhension de la religion grâce à son domaine de recherche et à sa foi. Il avait un grand respect pour la femme et croyait en sa nature angélique. Il soutenait toute minorité et croit en leur lutte pour accéder à la liberté et à la

justice sociale. Mon père traitait ma mère comme une reine. Il était doux et tendre : un ami, un mari et un père. Ma mère est quelqu’un de très spéciale. C’est une personne très aimable. Elle apprécie voyager et rencontrer des gens. Elle est très attachée à l’Egypte et à sa gloire. Nous avons voyagé fréquemment pendant mon enfance dans toute l’Egypte.

Plus tard, pendant ma jeunesse, nous avons fait des voyages en famille à l’étranger. Je dirais que la façon dont j’ai été élevée m’a appris à être curieux et ouverte d’esprit.



"GHADA EST UN NOM ARABE, ET IL SE REFERE A DES FEMMES D'UNE BEAUTE EXTREME."



Les moments importants marqués de cette période, étaient en rentrant les après- midis de l’école et trouvant ma mère à notre attente, ma sœur, mon frère et moi- même. Le déjeuner était toujours prêt « chaud et délicieux » et le soir, le dîner était toujours la responsabilité de mon père, bien qu’il soit rentré à la maison après de longues journées de travail, je ne me souviens pas qu’il se soit plaint un jour! J’ai une sœur aînée et un frère cadet. Mon enfance était amusante et calme. Je peux dire que nous étions une famille heureuse.



2/ Petite fille, de quel avenir rêviez-vous ?


Je rêvais d’aimer et d’être aimée. Je rêvais de faire une différence dans la vie des autres. De laisser mon petit monde meilleur, maintenant je crois que je vais laisser le monde entier meilleur.



3/ Quelles valeurs vos parents vous ont-ils transmises ?


Mon père m’a appris à être gentille avec tout le monde. La gentillesse, comme il avait l’habitude de le dire, c’est respecter l’humanité de l’autre. La diligence est une autre valeur qu’il m’a transmise en grandissant et en commençant l’école, vers l’âge de 6 ans. Il m’a aussi appris à faire preuve d’humilité et d’être honorable, il m’a appris le sens et la valeur de « notre héritage sur terre ». C’est le défi de l’homme de changer le monde en un monde

meilleur. Ma mère aussi m’a incité d’être courageuse et ambitieuse. Elle pensait que je

devais garder un esprit curieux, surmonter mes peurs pour pouvoir choisir mon propre chemin et vivre une vie pleine de sens. Et notamment être généreuse, de donner plus et plus……



4/ Le prénom Ghada a-t-il une signification particulière ? Vos parents vous donnaient-ils un surnom ? Si oui lequel ?


Ghada est un nom arabe, et il se réfère à des femmes d’une beauté extrême. Mes parents me surnommaient affectueusement « Doudou ».



5/ Adolescente étiez-vous plutôt insoumise ou rebelle ?


Pas du tout. J’étais et je suis jusqu’à maintenant très consciente de ne pas fâcher ma mère. Elle m’a toujours regardé avec fierté. Que Dieu la bénisse.



6/ A partir de quel âge avez-vous eu le droit de sortir avec un garçon ?


J’étais dans une école mixte, jusqu’au lycée et après et j’ai rejoint la Faculté d’ingénierie de l’Université du Caire « donc très peu de filles qui étudient l’ingénierie ». Je n’avais aucune restriction. Je n’ai jamais senti qu’il y avait une différence entre les garçons et les filles.



7/ Adolescente, rêviez vous de réussir dans le monde des affaires et de la politique ?


Je rêvais de vivre une vie tranquille sans lutte. Je vis différemment maintenant mais j’apprécie ce que la vie m’a donné jusqu’à présent.



8/ Comment définiriez-vous la culture égyptienne ?


L’Égypte est l’une des premières civilisations du monde et nous avons traversé beaucoup de défis comme peuple. L’Egypte est diverse, avec une culture riche, mais a un caractère sacré : peu importe où vous allez en Egypte, vous trouverez toujours des gens désireux de t’aider, hospitaliers, qui feraient tout leur possible pour vous aider. C’est une si belle chose que vous ne trouvez pas ailleurs. A mon avis l’Egypte se définit par son peuple.



9/ Définissez-nous la femme égyptienne en général


Il ne faut pas généraliser. Nous avons une population si riche et diversifiée. Mais deux qualités prédominantes communes sont la versatilité et la résilience. La femme égyptienne est belle et gracieuse, mais aussi avisée et tenace. Elle est aussi travailleuse, résiliente aux luttes quotidiennes, elle surmonte les obstacles avec ténacité et elle le fait avec la plus grande dignité.




"MA MERE, AMAL, M'A TOUJOURS INSPIRE AUTANT DANS LA VIE PROFESSIONNELLE QUE DANS LA VIE EN GENERAL. ELLE M'A APPRIS A ETRE CURIEUSE, COURAGEUSE ET AMBITIEUSE."





10/ Comment voyez-vous votre pays ? Quelle est la place des femmes dans la société égyptienne ? Les inégalités entre hommes et femmes sont-elles importantes ? Les femmes rencontrent-elles des problèmes d'insertion professionnelle ?


Mon pays est magnifique. Une grande nation avec des gens formidables qui ont besoin de voir la lumière au bout du tunnel. En Égypte, la représentation politique des femmes a considérablement progressé. Sans aucun doute, l’Égypte se dirige vers la bonne voie. Au

Parlement, les femmes occupent actuellement 148 sièges, contre 89 en 2015. L’Égypte est déjà témoin du pouvoir des femmes dans son cabinet en ayant huit femmes ministres, ainsi qu’une femme gouverneure actuelle pour le gouvernorat de Damiette. Même dans le secteur public, de nombreux hauts fonctionnaires sont des femmes. Récemment, et pour la première fois, des femmes ont été nommées juges dans toutes les institutions judiciaires.


De même, la nouvelle loi de la création de sociétés stipule que le conseil administratif devrait avoir une représentation des femmes. Cela reflète la confiance des dirigeants politiques dans les capacités et le potentiel des femmes. Nous sommes toujours dans la phase de construction. Nous avons passé beaucoup d’étapes mais nous avons de défis internes et externes. C’est très grand pays, donc les choses ne sont pas faciles comme on pourrait le penser. Mais nous progressons, nous construisons une Egypte numérique, une Egypte meilleure pour tout le monde mais cela prendra du temps. Rien ne se passe du

jour au lendemain. C’est un long processus comme nous l’avons vu dans d’autres pays, je peux confirmer nous sommes sur la bonne voie. Au ministère des Communications et des Technologies de l’information (MCIT), ainsi que mes collègues d’autres ministères, avons identifié les défis communs à l’intégration des femmes dans la main-d’œuvre et nous travaillons pour les surmonter.



11/ Dans quel domaine vous engagez-vous socialement ? Les femmes se marient-elles jeunes dans votre pays ?


Je m’engage socialement dans de nombreux sujets, mais surtout dans des questions liées aux femmes, aux étudiants et à l’éducation. L’âge légal pour qu’une femme se marie en Égypte est de 18 ans, bien sûr comme dans d’autres pays, il y a un défi avec les femmes qui se marient jeunes, en particulier dans les zones rurales. Nous travaillons à créer des opportunités pour eux d’étudier, d’acquérir plus de compétences et de les aider à acquérir leur indépendance afin de leur donner une nouvelle perspective sur la vie et ses possibilités. Je pense que ce n’est pas seulement dans mon pays. C’est le cas des femmes partout dans le monde, donc nous devrions aider les femmes pour qu’elles ne soient plus « maltraitées ou désespérées » pour qu’elles disent à haute voix « rien peut nous arrêter ».



12 /Pourquoi est-il important pour vous de soutenir les femmes dans le secteur de l'entrepreneuriat ?


Il est important pour moi de soutenir tous les citoyens du secteur de l’entrepreneuriat. Nous avons besoin d’innovation et d’esprit d’entreprise pour la croissance économique et le progrès. La technologie et l’innovation ont été à la base du progrès et du développement tout au long de l’histoire.


Les femmes sont aussi capables que n’importe quel homologue masculin d’innover et d’être un entrepreneur prospère, mais je suppose que parfois les femmes ont cette tendance de ne pas vouloir prendre de risques.



13/ Donnez-nous le nom d'une femme qui a inspiré votre carrière.


Ma mère, Amal, m’a toujours inspiré dans la vie professionnelle que dans la vie en général. Elle m’a appris à être curieuse, courageuse et ambitieuse, ce qui a été le tremplin de mon développement tout au long de mon chemin.



14/ Vous avez mûri, en plus des valeurs inculquées par vos parents ? Quelles

valeurs avez-vous aujourd'hui ?


Surement, l’essentiel est que je suis devenue plus résiliente qu’eux. La résilience est la valeur principale. J’ai également développé un sens accru du devoir, un sens de la loyauté: je dois servir mon pays et aider à ouvrir la voie à un avenir meilleur. J’apprécie aussi beaucoup de personnes que j’ai eu la chance d’avoir dans mon cercle, donc l’amitié est très importante pour moi.



15/ A quel âge vous êtes-vous marié ? Comment définiriez-vous la vie de couple ? Que vous a apporté l'homme qui partage votre vie ?


Je me suis mariée à 25 ans ; J’ai rencontré mon ex-mari au collège quand j’avais 20 ans. Ce fut l’amour dès le premier regard. Malheureusement, notre relation a changé au fil des années on s’est séparé après 20 ans de mariage et deux filles adorables. Il faut dire que nous gardons une bonne relation malgré la séparation. Et il m’a apporté de bonnes valeurs comme l’intégrité et l’honnêteté.





"LA REPRESENTATION DES FEMMES EN POLITIQUE EST TRES COURANTE EN EGYPTE. NOUS AVONS DEJA 8 FEMMES MINISTRES ET DES CENTAINES DE FEMMES DANS D'AUTRES DOMAINES DE LA POLITIQUE."



16/ Vous êtes une mère de famille, une femme d'affaires et une femme politique reconnue internationalement. Est-il facile de combiner une vie de famille avec un travail avec une telle responsabilité ?


Bien sûr, ce n’est pas facile, rien n’est jamais facile dans la vie, mais vous apprenez et vous vous améliorez dans les choses. Je devais définir mes priorités, me concentrer sur ce qui est important, trouver continuellement de nouvelles façons de faire les choses de manière plus efficace et efficiente. Ne perdez pas de temps avec de petites activités, apprenez à déléguer et à mettre en place un bon système pour obtenir des résultats optimaux.



17/ Avez-vous déjà eu envie d'abandonner ? Qu'est-ce qui vous a fait avancer ?


Ça arrive parfois et croyez-moi, C’est le cas de tout le monde, c’est normal. Comme réconciliation, je me dis toujours que rien n’est permanent, tout est temporaire. Donc, peu importe la situation, je sais que cela va se passer et j’apprendrai une nouvelle leçon. Ma famille est une excellente source d’énergie, un bon système de soutien et un excellent catalyseur pour avancer. Mais bien sûr, sans s’y limiter, c’est à vous de vous lever et de vous motiver. Ma passion est de mieux voir mon compteur et de laisser un héritage en améliorant mon entourage..



18/ Votre métier est-il considéré comme un métier d'homme en Egypte ?


En 2022, bien sûr que non. La représentation des femmes en politique est très courante. Nous avons déjà 8 femmes ministres et des centaines de femmes dans d’autres domaines de la politique.



19/ Comment vous définiriez-vous ?


Je n’arrive pas à me définir dès maintenant. Car tout simplement je ne me suis pas encore « définie », je n’ai pas encore fini. Comme tout être vivant, je grandis constamment, j’évolue. Je crois beaucoup à l’amélioration continue. Il n’ y a pas de définition pour le moment. Je suis un apprenant jusqu’à ma mort. Je suis gentille, j’aime mon pays, ma famille et mes amis et je veux créer un impact positif sur ceux que je connais et ceux que j’aime mais aussi influencer ceux que je ne connais pas mais que j’aime aussi, mon « Egyptien ».



20/ Que signifie pour vous le mot ambition ?


Pour moi, cela signifie un désir de réussir quelque chose. Une volonté d’atteindre votre objectif, quel qu’il soit. Et le ciel est ma limite.



21/ Quel est votre rituel beauté de femme politique aujourd'hui ?


Mon rituel de beauté est d’être en bonne santé que possible. J’essaie de manger sainement et de faire de l’exercice constamment. Je ne suis pas un grand fan de quoi que ce soit d’artificiel, de produits chimiques en quelque sorte. La beauté vient de l’intérieur, à partir de ce que vous mangez, de ce que vous buvez et de ce que vous vous entourez.




"L’APPRENTISSAGE CONTINUEL EST LA SEULE HABITUDE QUI PEUT CHANGER VOTRE VIE POUR LE MIEUX."














22/ Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui veulent réussir comme

vous dans le monde politique ?


« S’il vous plaît libérez votre potentiel ! »

vous devez être dedans pour les bonnes raisons. Si vous êtes assez passionné pour créer un impact positif, si vous faites l’effort et avez le bon état d’esprit et la bonne attitude vous arriverez.



23/ Que referiez-vous encore dans votre parcours , si c'était possible ?


Je crois que chaque événement, bon ou mauvais, a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. J’aimerais revivre le jeune âge de mes enfants, maintenant qu’ils sont adultes et qu’ils sont à l’université, cette période me manque. J’aimerais pouvoir revivre ces moments plus longtemps, si possible, passer plus de temps avec elles. Nous ne voulons jamais que nos enfants grandissent...et nous quittent.



24 / Quels sites conseilleriez-vous aux lecteurs de visiter pendant le séjour en Egypte ?


Il y a beaucoup de beaux sites en Egypte, mais si je dois en choisir seulement deux, je dirais le temple de Karnak à Louxor et la vallée des rois aussi.



Le dernier mot


Si je devais prodiguer un conseil universellement vrai : n’arrêtez jamais d’apprendre, n’arrêtez jamais de grandir. La meilleure chose à faire est d’investir dans votre apprentissage, votre croissance. L’apprentissage continuel est la seule habitude qui peut changer votre vie pour le mieux.


« Ne pensez qu’au meilleur, travaillez pour le meilleur et n’attendez que le meilleur »




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