Nasseneba Touré Diané: "Réussir dans le milieu politique en tant que femme n’est pas chose facile."

Elle ne passe pas inaperçue, non pas parce qu’elle est une jeune et élégante ministre, mais par son action concrète, donnant du tonus féministe au programme présidentiel du Président de la République de Cote d'Ivoire, Alassane Ouattara . Le quotidien des femmes en Côte d’ivoire porte son empreinte sur bien de questions.

Nasseneba Touré Diané Ministre de la Femme, la Famille et de L'Enfant, maire de la commune d'Odienne et membre du Dienne et membre du Rassemblement des Républicains, débute son parcours scolaire à Korhogo sa ville natale, avant de partir à 19 ans aux Etats Unis pour poursuivre ses études. Ingénieur NTIC et Bachelor en Business international, elle commence sa carrière professionnelle aux États-Unis en travaillant à Comsat, une des plus grandes maisons de communication de la Côte Ouest américaine, spécialisée dans la téléphonie mobile et l’internet. Elle travaille ensuite au département transport et infrastructure de la Banque Mondiale de 2003 à 2006, et occupe

successivement au sein de ladite Institution, les fonctions d’analyste informaticienne, cheffe du service archivage électronique, puis adjointe au chef du département achats et approvisionnement. En 2006, Nasseneba Touré Diané décide de retourner en Côte d’Ivoire et travaille pour le groupe Comium comme coordonnatrice des bureaux de Côte d’Ivoire-Freetown en Afrique du Sud et Beyrouth au Liban. Nasseneba Touré Diané devient en 2007, conseillère technique au ministère des Nouvelles technologies de l’information et de la

Communication(NTIC), avant d’occuper le même poste en 2008, à la primature ivoirienne. Elle est nommée Directrice générale de Côte d’Ivoire Tourisme le 5 février 2020. Rencontre avec une femme politique d'exception dans l'interview AHOU ATTITUDE MAGAZINE.



Nasseneba Touré Diané est mariée et mère de trois enfants. Elle est l’épouse du défunt Mamadi Diané, ex conseiller spécial du président ivoirien Alassane Ouattara.

Elle commence sa carrière politique au sein du Rassemblement des Républicains (RDR), dès la création du parti en 1994 . Vivant aux Etats-Unis, elle y rencontre en 1995 Alassane Ouattara lors d’une visite de Feu Djeni Kobenan pour l’installation des sections du RDR. Elle devient dès lors, l’une des animatrices du RDR auprès de la diaspora, en occupant le poste de secrétaire chargée des femmes et de la mobilisation à Washington DC, pour la Virginie et le Maryland. De retour en Côte d’Ivoire, exerçant la fonction de conseillère spéciale du

président de l’Assemblée Nationale, Nasseneba Touré remporte les élections municipales dans la commune d’Odienné en 2013; poste qu’elle occupe encore aujourd’hui. Elle est par ailleurs, la directrice communale et présidente de l’association féminine du Rassemblement des Houphoutistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) à Odienné. Le 6 avril 2021, elle est nommée Ministre de la Femme, de la Famille et de l'Enfant de Côte d'Ivoire. En 2014, Nasseneba Touré Diané reçoit le Prix d’Excellence du meilleur Maire de l’année en Côte d’Ivoire au service du développement local.



Entretien réalisé par Moussa Cissé




Pourquoi avoir décidé de retourner en Côte d’ivoire ?


Ce choix a été fait parce que je suis d’abord une fille de ce beau pays qu’est la Côte d’Ivoire. Et pour moi, il était devenu impératif de revenir dans mon pays pour servir ma nation, aider mes frères et sœurs ivoiriens, surtout mes administrés de la ville d’Odienné.






La politique était-elle un rêve ou une nécessité ?


Je dirais une nécessité, être au cœur du développement de mon pays en menant

des actions fortes afin de faire de la Côte d’Ivoire un pays incontournable en

Afrique ; toute chose qui est en train d’être fait avec méthode et efficacité.




​Définissez pour nous la femme ivoirienne en général.


La femme ivoirienne est une femme exceptionnelle qui met tout en œuvre pour atteindre ses objectifs et surtout mettre sa famille à l’abri des besoins du mieux qu’elle peut. Et pour les aider, le gouvernement avec à sa tête le Premier ministre Patrick Achi sous l’impulsion du Président Alassane Ouattara, mène plusieurs actions dans ce sens. Des fonds ont été mis à leur disposition pour leur autonomisation et leur bien-être. Grâce aux efforts constants du gouvernement, la femme ivoirienne est devenue de nos jours, une actrice à part entière du développement global du pays. Pour preuve, son implication dans tous les secteurs de la vie socioéconomique et politique.


Qu’avez-vous fait de particulier pour que vous soyez désignée « meilleur maire » ?


Je ne saurais vous le dire. Parce qu’en tant que maire nous sommes censées être aux côtés de nos administrés pour leur bien-être. C’est en ce sens que j’agis pour les habitants d’Odienné. Ce sont les résultats sur le terrain qui sont véritablement le baromètre de l’action publique. C’est sûrement ces résultats qui ont joué en ma faveur pour me voir attribuer le prix d’excellence du meilleur maire en 2014. Et pour cela je remercie le président pour ce mérite reconnu.



" LA FEMME IVOIRIENNE EST UNE FEMME EXCEPTIONNELLE QUI MET TOUT EN OEUVRE POUR ATTEINDRE SES OBJECTIFS. "


Comment voyez-vous votre pays ? Quelle est la place des femmes dans la société ivoirienne ? Les inégalités entre hommes et femmes sont-elles importantes ? Les femmes rencontrent-elles des problèmes d'insertion professionnelle ?


La Côte d’Ivoire est sur le chemin du développement, un pays qui regorge de plusieurs atouts dont nous en sommes fières. Aujourd’hui, la femme ivoirienne arrive à s’imposer dans tous les domaines de la vie. On  retrouve de plus en plus de femmes dans les instances de décision et dans les assemblées élues. Des efforts ont été fournis afin qu’elles retrouvent la place qu’elles méritent. Le niveau espéré n’est pas encore atteint mais nous y travaillons. Beaucoup d’injustice se fait dans le milieu professionnel contre la femme et plusieurs actions sont menées pour y mettre fin. Déjà dans la vie politique précisément au

Gouvernement, les femmes représentent seulement 19.5 % soit 8 sur 41 ; à l’Assemblée nationale, elles sont au nombre de 34 femmes sur 255 députés. Au Sénat, il y en a 20 sur 99. Seule une femme est présidente de Conseil régional sur 31 régions. A la mairie, il y a 16 femmes sur 201. Le minimum exigé aujourd’hui est de 30 % conformément à notre constitution.  Cela dit, ce qui importe c’est que nous sommes dans une dynamique, un processus est enclenché et les femmes ivoiriennes avancent.




"JE SUIS UNE FEMME QUI AIME L'EXCELLENCE, LE TRAVAIL BIEN FAIT. "


Que vous évoque Korhogo ?


Korhogo est la terre qui m’a vu naître ; donc elle représente beaucoup pour moi. C’est toujours un plaisir de me retrouver avec mes frères et sœurs de cette belle ville.


Donnez-nous le nom d'une femme qui a inspiré votre carrière et pourquoi ?


Une femme qui a inspiré ma carrière et continue de le faire, c’est la Première Dame Dominique Ouattara pour toutes ses actions en faveur des plus défavorisés. Pour sa générosité et sa disponibilité. Elle a toujours été en contact avec les enfants et les femmes et pour moi c’est vraiment un exemple à suivre.





Vous avez mûri, en plus des valeurs inculquées par vos parents, quelles sont vos valeurs en tant que femme aujourd'hui ?


Je suis une femme qui aime l’excellence, le travail bien fait. Et surtout une

grande croyante et je pense que c’est l’une des plus grandes valeurs qu’une

femme doit avoir pour réussir sa carrière et l’éducation de ses enfants.


Comment définiriez-vous la vie de couple ?


La vie de couple c’est le pardon. Pour maintenir un foyer il faut avoir le sens du

pardon, mettre Dieu au centre de tout dans votre couple. La compréhension et la

patience permettent d’entretenir l’amour dans la vie du couple. Cet amour il

faudrait le partager non seulement avec son conjoint mais aussi et ses enfants et

sa famille au sens large car il ne faudrait pas perdre de vue l’environnement

africain dans lequel nous vivons.



" LA CONVICTION DE SERVIR UTILEMENT MON PAYS EST LA PLUS GRANDE FORCE QUI ME FAIT TENIR LE COUP DES SECOUSSES DE LA VIE. "



Que vous a apporté l'homme qui a partagé votre vie ?


Mon époux Mamadi Dianié (ancien conseiller diplomatique du président Alassane

Ouattara, décédé le 27 août 2020) fut un grand homme, qu’Allah lui fasse miséricorde

et lui accorde son paradis Firdaws (Amine). J’ai passé les meilleurs moments de ma

vie avec lui. C’était pour moi un père, un ami, un frère, un conseiller, un homme rempli

de valeurs et foncièrement croyant sans être extrémiste. Il m’a toujours poussé à donner

le meilleur de moi ; il a apporté beaucoup à ma vie et je suis heureuse et fière d’avoir

été son épouse.





Vous êtes une maman, une femme politique influente. Est-il facile de combiner une vie de famille avec un travail qui implique de si grandes responsabilités ?


Prendre soin de ses enfants est une énorme tâche et surtout que je suis veuve, ce n’est vraiment pas facile. Mais avec un planning bien défini je trouve du temps pour m’occuper de ses adorables enfants qui sont aussi très compréhensibles. Parce qu’ils comprennent eux-mêmes les tâches qu’impliquent les responsabilités de leur maman ; donc nous nous aidons du mieux que nous puissions.


Qu'est-ce qui vous a permis de tenir et de continuer à avancer ?


Par amour pour la carrière que j’ai choisie, c’est à dire politique. La conviction de servir utilement mon pays est la plus grande force qui me fait tenir le coup des secousses de la vie. Comme je l’ai dit plus haut être acteur du développement de mon pays a toujours été un de mes plus grands rêves. Et  pour ça je ne devais pas abandonner quoiqu’il arrive. Et avec la grâce de Dieu et le soutien de mon entourage, je parviens à toujours lever la tête haute.


Avez-vous déjà eu envie d'abandonner ? (Pouvez-vous nous donner une anecdote)


Une anecdote,  après le décès de mon mari plusieurs choses me passaient par la tête ; comme par exemple tout abandonner et me consacrer à ma vie de famille. Je me suis même retirée des législatives de 2021 à quelques jours du choix des candidats de mon parti. Plusieurs recommandations ont été faites en ma faveur mais je voulais en la mémoire de mon mari et mon grand frère (Amadou Gon Coulibaly) me mettre un peu en retrait. Mais après j’ai compris que c’est justement pour eux que je devrais continuer, continuer ce qu’ils ont commencé. Abandonner le chantier entamé auprès du président Ouattara serait au contraire une posture qui ne saurait entretenir leur mémoire. Alors, j’ai décidé d’apporter à mon humble niveau une pierre à l’édifice du développement de notre pays ; poursuivre leur œuvre pour notre pays bien aimé.





Que représente le président Alassane Ouattara pour vous au-delà du président de la République ?


Le président Alassane Ouattara au-delà de son statut, est un père pour moi. Il a toujours été présent pour moi et ma famille depuis plusieurs années. Lors de mes premiers pas en politique aux USA, il était présent. Je l’admire énormément pour son leadership ; il est un travailleur acharné qui cherche toujours le meilleur. Il demeure un modèle pour moi et pour bien d’autres femmes ou acteurs politiques de la Côte d’ivoire voire d’ailleurs.


Quel est votre rituel beauté en tant que femme politique aujourd'hui ?


Un rituel c’est trop dire, mais je me dis en tant que femme et surtout une femme dans le milieu politique il est primordial d’accorder beaucoup d’importance à son accoutrement et tout ce qui va avec. Une femme se doit d’être toujours belle et inspirante pour d’autres femmes ; dans toutes choses, donc je m’attelle à le faire à chaque moment. J’essaye autant que faire se peut, de promouvoir à mon humble niveau l’esthétique et la mode ivoirienne. Parce que mon pays est un grand pays de mode et de beauté, il importe à nous qui en assumons les responsabilités d’en faire la promotion.





Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui, comme vous, souhaitent réussir dans le monde politique ?


Réussir dans le milieu politique en tant que femme n’est pas chose facile. Mais avec la détermination on arrive à s’imposer et à compter dans le milieu. Bien sûr pour la femme, l’effort est décuplé au regard des réalités sociétales, mais il faut y faire face car en politique ou plus généralement dans l’action publique, rien ne s’acquiert en cadeau. Il faut toujours donner le meilleur de soi et s’armer de patience pour voir les résultats. Ce n’est donc jamais facile mais pas difficile non plus de réussir là où les hommes réussissent. A mon avis, toute femme peut se lancer en politique et y exceller à condition de comprendre que le champ politique n’est pas un terrain de jeu.


Que dites-vous à vos enfants tous les matins ?


​Chaque matin ce n’est  pas évident mais le plus souvent je leur demande de toujours mettre Dieu au-devant de toutes leurs actions ; croire en Dieu et poser de bonnes actions pour être des personnes utiles pour leur entourage voire au-delà.





S'il y avait quelque-chose à refaire dans votre cursus, que referiez-vous?


Quelque chose à refaire ? Non je ne pense pas. Tout arrive avec l’agrément de Dieu et je n’ai rien à refaire pour le moment. Je suis mon destin.


Native de Korhogo, pourquoi alors choisir d’être maire d’Odienné ?


Odienné est la terre de mes ancêtres. Je suis certes née à Korhogo mais Odienné c’est ma ville, c’est chez moi. Il était donc important d’y apporter ce que je peux, de permettre par le biais de l’action publique un développement harmonieux et durable de ma ville.




Enfin, faites-nous voyager. Quels sont les deux sites que vous conseillez à nos lecteurs de visiter lors d'un séjour en Côte d’ivoire ?


Bien évidemment je vous dirai le mont Denguelé qui est un beau site, véritable attraction touristique et un havre de paix. Nos belles plages de San-Pedro et de Grand Béréby. Il y a aussi la cascade de la belle ville de Man. Je ne saurai énumérer dans le cadre d’une interview l’ensemble des beaux lieux à visiter en Côte d’Ivoire. Tout récemment les mosquées du Nord viennent d’être inscrites au Patrimoine mondial de l’Unesco, c’est vous dire la richesse et le caractère exceptionnel universel du patrimoine culturel de notre pays. Il regorge de plusieurs beaux sites touristiques à vous couper le souffle. Faites y un tour et

vous allez toujours revenir.


Avez-vous des liens avec Vakaba Touré, le roi du Kadabougou ?


Oui le Roi du Kabadougou est mon oncle, un père pour moi.


Le dernier mot


Pour le mot de fin, je dirais merci pour cet entretien fructueux qui m’a permis de m’ouvrir à vous. Et je voudrais lancer un appel à tous pour la lutte contre les violences basées sur le genre. Nous sommes tous concernés ; c’est ensemble que nous pouvons éradiquer toutes sortes de violences faites aux femmes et aux filles pour leur épanouissement. Aussi, je voudrais lancer un appel aux femmes les encourager à être autonomes. Vous avez la capacité de changer la donne quel que soit votre niveau d’étude. Vous pouvez contribuer au développement de notre pays quel que soit votre savoir-faire. A mon humble niveau j’essaierai de mettre tout en œuvre pour vous apporter ma modeste contribution pour le

rayonnement de notre mère patrie qu’est la Côte d’Ivoire. Je vous remercie.




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